La danse

C’est l’invisible qu’il faut écrire. 

Ce qui est visible à l’œil nu a déjà trouvé des paroles. 

La danse, elle, est une forme d’invisible en mouvement, perceptible comme un battement du cœur. 

Elle peut être devinée, elle peut être esquissée seulement, mais elle en demeure insaisissable, écrite par bribes. 

Essayez d’imaginer une couleur qui n’existe pas. Essayez de peindre un courant d’air. Est-ce impossible ? Ou bien est-ce une danse qui cherche une esquisse possible, même éphémère ? 

Danser, c’est observer les strates du temps et jouer avec elles. 

C’est un hymne au silence, au rythme seul des pas et du souffle. 

C’est habiter ces strates du temps comme on souffle sur une bulle de savon, légèrement, en sourdine. 

C’est marcher dans la neige sans laisser de pas. 

C’est suspendre le vol du temps et habiter une pause qui parait éternelle. C’est perdre le temps. 

C’est se perdre. 

C’est retrouver la substance de tout chose, qui est en fait une matière en mouvement, sans forme définie, sans contour arrêté. 

Danser c’est jouer et c’est rire, c’est parfois être ému aux larmes. 

Eux, ils avaient déjà dansé ensemble, sans musique. 

Leurs pas semblaient ceux d’une parade nuptiale d’animaux timides. Ils esquissaient des pas sur le sol, légers, aux empreintes aussitôt comme lavées par une marée invisible. Ils ne laissaient pas de poids, et se devinaient à tâtons dans l’épaisseur de leurs souffles. Ils ne se touchaient pas. Ils ne se regardaient pas. 

Ils étaient pourtant un seul et même être dans deux corps, car un vrombissement sourd résonnait entre eux comme un gros cœur sourd qui les berçait d’un seul mouvement. Ils étaient dans une même bulle chaude et mouvante, et ils volaient, portés dans un courant d’air tiède. Un pas de deux de flamands roses qui caressaient le sol avant de prendre leur envol. 

Il leur semblait que le soir descendait dans le studio et qu’il les avalerait tous entiers comme la mer la nuit avale les barques dans son encre. 

Dansaient-ils encore ou bien s’étaient-ils arrêtés ? 

Le rythme restait, boum ta , boum ta, et quoi qu’ils fassent, ils étaient en mouvement, ils se mouvaient comme la marée, cadence régulière et légère. 

Ils étaient des oiseaux d’écume et se fondaient dans cette nuit naissante.

Publié par Inês d' Almeÿ

L'écriture comme cartographie

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